J’entends depuis quelques temps un discours inquiétant sur une forme d’opposition dans les pratiques culturelles. Effectivement, pour les uns « la culture
populaire », pour les autres, « la culture élitiste ». Selon moi, dans cette pseudo opposition, une dimension fondamentale et fondatrice est pleinement occultée, qui
est la subjectivité. En effet, sans parler de l’art abstrait, une création artistique, par exemple, un tableau, au premier coup d’œil peut paraître anodin, mais revêt fatalement
une autre ampleur après des explications simples sur le contexte de sa réalisation, sur le jeu des couleurs, des ombres, le message porté par l’artiste. Les valeurs profondes inhérentes à chacun,
la sensibilité, l’inconscient, l’imaginaire vont travailler et vont nous attirer ou pas vers tel ou tel œuvre.
Car en réalité, ce mauvais procès cache une véritable confrontation entre le pré carré intellectuel, le préconçu et l’éclectisme, la pluralité et les
contradictions dont nous sommes tous les doux esclaves. Car tout d’abord, l’acceptation de nos conflits internes, et ensuite leur mise en perspective dans une articulation partageuse, nous
permettent de rompre les barrières de ce mirage de contradiction, pour accéder à une forme d’universalisme.
Je fais l’aveu (honteux?) d’avoir aimé le film « Titanic », parfois facile, mais juste dans la rétrospective historique et avec c’est vrai de « très belles
images », des grandes scènes épiques qui peuvent marquer les esprits amoureux…Pourtant, œuvre hollywoodienne s’il en est, au budget de, malheureusement, certains pays d’Afrique.
Parallèlement, j’ai tout autant vibré devant « Rosetta » des frères Dardenne, cinéma soi disant intello, de « bobos », pour réajuster au vocable actuel. Il ne s’agit
pas ici de s’extasier devant la cuisson d’un œuf filmé dans son intégralité, mais plutôt dans cette lente torpeur, avec la misère sociale comme contexte du film, d’y voir une précarité
filmée avec une rare violence.
Simplement, « Titanic » (ou "Ratatouille" pour d’autres…), comme « Rosetta » m’ont touché tous les deux, différemment, mais
intensément et en « allant vers » mes contradictions internes. Simplement, si on estime appartenir à l’un ou l’autre des deux milieux, on va s’empêcher d’aimer
"Titanic" pour ne pas être «un beauf », ou d’aimer "Rosetta" pour ne pas être un « bobo ». Dans ce pré carré, ce cloisonnement, je suis les deux, ou aucun des
deux. L’acceptation de nos propres différences et son articulation permet systématiquement l’ouverture à soi, puis aux autres. Et quel bonheur de s’extasier pour peu…
De fait, selon moi, il n’y a pas plus détestable que des termes comme « culture de masse ». Ses dérives sont l’opposition à l’ouverture que j’évoquais précédemment, car
il signifierait que l’ouvrier moyen ne peut aimer que Jean Marie Bigard (et je n’ai rien contre lui, à part bien sur sa Sarko-compatibilité…). C’est ici pire qu’un dogme, c’est une fatalité, un
fait figé, opposé au mouvement dont le cerveau, l’âme et le cœur humain sont généreusement capables. Je crois donc en une diversité des choix, car nous ne
sommes, et c’est bien tout notre drame, que des hommes…